La santé de la femme… il y a cent ans

Faisant du rangement dans ma bibliothèque, je suis tombé sur un livre de médecine datant de 1928 et ayant été trouvé dans un grenier il y a quelques années. Écrit par le docteur Ernest Monin (1856-1928), il est intitulé « La santé de la femme ». Ce docteur de la faculté de médecine de Paris, a été aussi journaliste et membre d’un club littéraire. Il a écrit plus d’une quarantaine d’ouvrages sur l’hygiène, les maladies et la santé en général. Certains, tel l’Hygiène des sexes, ont fait l’objet de nombreuses éditions.

Je vous laisse découvrir, sur le site de la BNF, si vous avez le temps, les écrits de ce bon docteur. Je vous conseille L’Hygiène des sexes, et notamment les passages sur l’onanisme, ainsi que le chapitre XI consacré à la natalité en France. Extrait de ce dernier : « Cet affaiblissement [de la fécondité] n’est-il pas le plus grand obstacle à notre prépondérance militaire, au relèvement de notre industrie, à notre expansion coloniale ? ».

« La Santé de la femme » n’est, semble-t-il pas encore numérisé. Je vous livre ici deux passages intéressants qui vous donneront une idée de l’état d’esprit de l’époque :

  • « Enfin, il nous faut insister, une fois de plus, sur une bonne hygiène générale de la femme, en vue de la prévention rationnelle des affections utérines. Il est clair que le surmenage intellectuel des jeunes filles (qui dans ces derniers temps, s’est développé pour notre pays, dans des proportions insensées), enraie l’évolution normale des fonctions départies à la femme future, trouble la nutrition entière, provoque l’anémie et le nervosisme, etc. »
  • «  Il importe de protéger, de bonne heure, contre l’épuisement de la force nerveuse, les jeunes filles, surtout lorsqu’elles présentent de l’hérédité nerveuse ou arthritique. Le régime et l’hygiène devront être judicieusement mis en œuvre. Loin d’elles, les émotions dépressives, les spectacles passionnants, le surmenage intellectuel et artistique, les excès musicaux, les lectures romanesques ! On les astreindra, au contraire, aux saines occupations du corps et de l’âme, aux soins domestiques, qui chassent le désœuvrement sans futiliser l’esprit. »

Quelle époque !

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Le Finistère, il y a seulement 130 ans…

Extrait du rapport de Henri Monod (1892), Directeur de l’assistance et de l’hygiène publique au Ministère de l’Intérieur, ancien préfet du Finistère : Le choléra – Histoire d’une épidémie – Finistère (1885-1886). L’intégralité du document peut être téléchargée sur le site de la BNF :

« Le Finistère offre au statisticien un spectacle singulier. On y rencontre les extrêmes. C’est un des trois départements où la mortalité est la plus élevée (1), et un des trois où l’excédent des naissances sur les décès est le plus fort (2). Nulle part la misère n’est plus grande et nulle part elle n’est supportée avec plus d’insouciance, je dirais presque d’inconscience. Les secours médicaux y sont rares ; les habitants en éprouvent peu le besoin ; un grand nombre naissent, vivent, meurent, sont enterrés sans l’approche d’un médecin. L’hygiène publique ou privée y est inconnue. L’ivrognerie y est répandue, même parmi les femmes. Et c’est une contrée si attachante, la race y possède des qualités si fortes et si nobles, la nature s’y montre avec un tel caractère de sauvage ou de mélancolique poésie que ceux qui l’ont une fois habitée ne l’oublient pas et gardent à jamais au cœur le désir de la revoir…

(1) Derrière les Bouches-du-Rhône, en 1885
(2) Derrière la Corse et le Pas-de-Calais en 1889

L’âge moyen est peu élevé parmi cette population si nombreuse, si imprégnée de l’esprit de famille, mais mal soignée et vivant dans des conditions hygiéniques déplorables. Au recensement de 1886, l’âge moyen des personnes recensées était en France de 31 ans, 9 mois, 18 jours. Cet âge tombait dans quelques départements à 29, 28 ans. Dans deux départements, le Nord et les Landes, il descendait à 27 ans. Dans un seul il fut au-dessous de 27 ans, c’est le Finistère où l’’âge moyen de la population recensée s’est trouvé être de 25 ans, 8 mois et 10 jours…

L’instruction ne se sépare guère de l’hygiène générale. Les progrès de celle-ci sont liés aux progrès de celle-là. L’obligation de l’enseignement primaire n’a pas encore produit en Bretagne les effets qu’il est permis d’en attendre. En 1885, le nombre de conjoints qui n’ont pas pu signer leur acte de mariage a été, pour l’ensemble de la France, de 16,5% ; il a été de 48,8 % dans le Morbihan et de 44,6% dans le Finistère. Pour les trois années 1829-1831, la proportion du contingent des conscrits sachant lire et écrire, était de 15,85%…

La consommation de l’alcool dans le Finistère complète de façon instructive la physionomie de ces renseignements statistiques. Ce département si misérable, si peuplé d’enfants, est l’un de ceux qui boivent le plus d’alcool. Neuf départements : les cinq de Normandie (Seine-Inférieure, Calvados, Eure Orne, Manche), l’Aisne, le Pas-de-Calais, la Somme, l’Eure-et-Loir, en consomment encore plus que lui ; mais ceux-là sont des départements riches. Le Finistère est le seul département pauvre dont la consommation annuelle s’élève à près de 6 litres d’alcool pur par tête d’habitant. La moyenne pour le France est de 3,9. L’on devine quelles sortes d’alcools absorbent ces pauvres gens. La brièveté de leur vie n’a pas de quoi surprendre. »

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Des monstres dans nos jardins…

C’est fou ce que la photographie numérique nous permet de faire aujourd’hui. Au mois de juin, j’ai photographié l’insecte ci-contre sur un rhododendron du jardin. J’avais laissé la photo de côté jusqu’à ces jours-ci. Cherchant à identifier l’animal, j’ai commencé par poster un message sur un forum dédié aux insectes. Le temps qu’un administrateur valide mon message, j’ai eu l’idée de tester une recherche Google par l’image (il faut cliquer sur le petit appareil photo avant d’entrer l’adresse de l’image pour laquelle on cherche des images similaires).

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Parmi les centaines de photos d’insectes affichées, j’en trouve quelques unes qui correspondent. Je lis mécoptère sur l’une, scorpionfly sur une autre. Une recherche par mots me permet maintenant d’identifier l’insecte avec plus de précision.

Il s’agit d’une panorpe femelle, panorpa communis plus exactement : la plus commune des espèces de panorpe en Europe occidentale. La panorpe est appelée aussi mouche scorpion car le mâle présente un abdomen relevé faisant penser à une queue de scorpion. C’est un insecte carnivore se nourrissant d’autres insectes et notamment de mouches.

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Sismicité en Finistère

A l’occasion du tremblement de terre qui s’est produit dans le nord du Finistère, hier soir (11 décembre 2016 à 22:27 locales), je me rends compte qu’il n’est pas facile de s’y retrouver parmi les différents réseaux d’observation de la sismicité en France métropolitaine. Il existe en réalité, deux réseaux principaux de stations – du moins pour ce qui est de la surveillance des séismes en temps réel :

Réseau RéNaSS (2016)

1. Le Réseau National de Surveillance Sismique (RéNaSS). Il se compose de 73 stations courte période, réparties sur l’ensemble du territoire métropolitain avec, en principe, une densification dans les régions sismiquement actives. Le site central du RéNaSS est situé à l’Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre de l’Université de Strasbourg. Le centre est en charge de la localisation quotidienne (jours ouvrés) de la sismicité enregistrée, ainsi que la gestion des données associées. L’évolution du RéNaSS, notamment pour la partie instrumentale, s’insère dans la Très Grande Infrastructure de Recherche RESIF (Réseau Sismologique et géodésique Français). Sur le site Web de RESIF, les événements les plus récents datent d’il y a 3 semaines.Il n’est donc pas pertinent pour le temps réel. En France métropolitaine, le réseau RESIF est composé de 79 stations dont une quarantaine de stations courte période du réseau RéNaSS. Le RESIF ne dispose que de deux stations dans le grand ouest : Camaret (CAMF – Le capteur se trouve dans un blockhaus au musée mémorial de la Pointe de Pen Hir), et Rennes (RENF). La station de Lopérec (BST) ne semble plus opérationnelle.

Réseau du CEA

2. Le réseau du Laboratoire de Détection et de Géophysique (LDG) du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Il se compose d’une quarantaine de stations transmettant leurs données en temps réel. Seules trois de ces stations sont implantées en Bretagne : Rostrenen (ROSF), Quistinic (QUIF) et Saint-Gilles-du-Mené (SGMF). A travers son laboratoire de Surveillance Géophysique Opérationnelle (LSGO) créé en 2013, le CEA/LDG a officiellement, et entre autres, la responsabilité de la surveillance de la sismicité en France métropolitaine, et notamment des alertes.

Grâce à leurs réseaux respectifs, le RéNaSS et le CEA/LDG mettent à disposition sur le Web les données de séismes calculées automatiquement. Pour un séisme donné, les positions peuvent être éloignées les unes des autres. En général, la presse fait écho du lieu indiqué en automatique par le CEA : Pencran pour le séisme de magnitude 3,2 du 8 décembre, Le Drennec pour celui de magnitude 4,0 du 11 décembre. Ces positions sont peu précises en raison de la faible densité de stations d’observation dans notre région (voir ci-dessus).

Carte des séismes des 28 novembre,
8 et 11 décembre 2016 (source RéNaSS)

Quelques heures (ou quelques jours) plus tard les calculs sont affinés par des sismologues. C’est ainsi que sur le site du RéNaSS, on peut voir aujourd’hui que les deux derniers séismes se sont produits à peu près au même endroit, à environ 4/5 km au large de Portsall. Le point orange, un peu plus au sud, correspond au séisme de magnitude 2,2 du 28 novembre. On notera que le séisme, de magnitude 2,9 de vendredi (9 décembre) près du Folgoët, rapporté par les médias, n’a semble-t-il pas été pris en compte par le RéNaSS alors qu’il figure sur le site du CEA/LDG (affaire à suivre).

Des informations sont également reprises sur le site du Bureau Central Sismologique Français (BCSF). Celui-ci, organisme de tutelle du RESIF, a pour mission de collecter les observations sismologiques relatives à la France et de faciliter leur diffusion. Les internautes sont invités à témoigner de leurs ressentis lors d’un séisme, sur le site du BCSF. Le BCSF publie régulièrement un catalogue de sismicité basé sur les données du RéNaSS et du CEA-LDG.

Au niveau Européen, les informations sismiques sont collectées par le Centre Sismologique Euro-Méditerranéen (EMSC), créé en 1975 et hébergé actuellement au CEA/LDG. Au moment où j’écris ces lignes, les données du séisme de dimanche ne semblent pas à jour sur le site de l’EMSC.

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Une aurore boréale vue au nord de la France

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Registre BMS du Trévoux (collection communale) – Source : AD-29

Juste au dessous d’un acte de baptême daté du 17 mars 1716, le recteur du Trévoux (Finistère), écrit dans l’un de ses registres (collection paroissiale) : « Cette nuit ce jour parut un phénomène terrible dans le ciel ». Ceci n’est pas sans rappeler l’annotation du curé de Pleyber-Christ, dans ses propres registres, trois ans plus tard, sur l’observation d’une météorite vue dans le ciel finistérien.

Il s’agit ici manifestement d’une aurore boréale exceptionnelle, vue cette nuit là en de nombreux endroits d’Europe. Elle fut notamment observée par les astronomes Edmond Halley à Londres (encore lui) et Roger Cotes à Cambridge. Leurs témoignages et analyses peuvent être lus dans les numéros 347 et 365 des Transactions philosophiques (pages 406 et 60, respectivement). Les deux astronomes se réfèrent à la date du 6 mars mais il s’agit bien du même phénomène observé au Trévoux. La différence de date étant due aux écarts de calendrier français et anglais à cette époque.

Dans des articles parus dans les Transactions Philosophiques, on peut également lire que cette aurore a été aperçue à Paris et Dublin, ainsi que depuis un navire navigant au NW de l’Espagne, par 45°36’N. Par la suite, d’autres aurores, de moindre intensité, ont été vues à de basses latitudes les 31 mars, 1er et 2 avril de la même année.

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Aurore boréale en Alaska (2005)
Photo US Air Force

L’article de la Wikipedia sur les aurores polaires, nous indique que celles-ci se produisent principalement dans les régions proches des pôles magnétiques, dans une zone annulaire appelée « zone aurorale », comprise en général entre 65 et 75° de latitude. En cas d’activité solaire intense, l’arc auroral s’étend vers des latitudes plus basses. Deux facteurs sont donc à considérer pour que l’on puisse voir des aurores à nos latitudes : la position du pôle nord magnétique et l’activité solaire. Les aurores sont en effet provoquées par l’interaction entre les particules chargées du vent solaire et la haute atmosphère : plus le soleil est actif, plus le vent solaire est intense.

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Dérive du Pôle Nord magnétique
(modèles et observations)
Source : Wikipedia CC

La position du pôle a surtout été mesurée à partir du début du XXème siècle (Amundsen, 1904). Une seule mesure avait, semble-t-il, précédé celle d’Amundsen : celle de James Clark Ross en 1831. Les deux positions, situées à environ 50 km l’une de l’autre, se trouvent au Nunavut. Depuis, le pôle se déplace d’environ 55 km par an, en moyenne, vers le NNW. Mais où était-il en 1716 ?

C’est la modélisation qui nous renseigne. Le modèle actuel le plus abouti pour la période 1590-1900 semble être le modèle gUFM (Jackson et al., 2000). C’est le modèle officiel de la NOAA pour cette période. Il situe le pôle nord magnétique par environ 74°N – 114°W, soit encore au Nunavut, à une distance d’environ 5100 km du Finistère. Aujourd’hui, il se trouve par 86°N – 166°W, ce qui représente une distance d’environ 5500 km. Cela ne fait pas grande différence.

Qu’en est-il de l’activité solaire ? Vers 1843, l’astronome amateur allemand Heinrich Schwabe remarque un cycle d’environ 11 ans du nombre de tâches sombres observées à la surface du soleil. Quelques années plus tard, Johan Rudolf Wolf établit un lien entre l’activité solaire et le nombre de tâches sombres du soleil. Cette méthode, peu précise, a l’avantage de couvrir 350 ans d’observations. Le nombre de Wolf (Sunspot Number en anglais)(R), dépend du nombre de tâches (t), du nombre de groupes de tâches (g) et d’un coefficient correcteur (k) appliqué pour tenir compte du moyen d’observation utilisé pour effectuer le comptage. La figure ci-dessous indique le nombre de Wolf depuis 1749 (trait bleu). Il résulte d’une moyenne effectuée sur les relevés de plusieurs observatoires. Pour les années antérieures, les observations étaient plus sporadiques (croix rouges), donc moins précises. De nos jours, on mesure l’intensité du rayonnement solaire pour connaître l’activité de l’astre.

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Nombre de Wolf depuis l’an 1600 – Source : NASA

Le maximum du 1er cycle de Schwabe a eu lieu en avril 1750. Considérant un cycle de 11 ans, on peut penser que les maximums précédents ont eu lieu en 1739, 1728 et 1717, à plus ou moins un an près. En mars 1716 nous étions donc proche du maximum d’un cycle.

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Pêcherie de Melon (Finistère)

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Barrage de pêcherie près de l’île Melon – Finistère
(Ortholittorale 2000 – Geoportail)

Lundi 17 octobre 2016, il fait beau à la pointe du Finistère. C’est l’occasion, pour le privilégié que je suis – tout juste retraité -, d’aller faire quelques photos. Une semaine avant, à l’occasion du premier Ocean Hackhaton organisé à Brest, j’ai appris que des vestiges de pêcheries anciennes, construites il y a plusieurs siècles sur nos côtes, pouvaient être visualisées sur Google Earth et qu’on pouvait apercevoir certaines à marée basse. Par chance, une grande marée a lieu ce lundi (coefficient 114). La marée sera basse à 13:04 à Lanildut, la hauteur prévue est de 0,36 mètre.

Une rapide bibliographie me conduit à lire, en diagonale – il est 11:00, le temps presse -, une étude ayant consisté à dater les anciennes pêcheries du Bas Léon (M.-Y. Daire et L. Langouët, 2011). Le tableau 1 nous donne la liste de 72 sites répertoriés. Je jette mon dévolu sur le site n°11 : un barrage de 124 mètres, constitué d’un empierrement incurvé s’appuyant sur deux roches. Selon l’étude, il a été construit entre 1000 et 250 avant JC. Il est situé par 74833 et 2410948 coordonnées Lambert IIe. Le tableau indique que le sommet du barrage se trouve à 1,0 mètre au dessus du zéro des cartes. Il devrait donc dépasser d’environ 65 cm le niveau de l’eau, ce lundi 17 octobre, à marée basse.

Google Earth n’affiche pas les coordonnées Lambert. Il me faut aller sur Geoportail pour localiser le barrage. Celui-ci se situe entre Melon et son île, à environ 140 mètres au sud de l’extrémité de la jetée. Aujourd’hui, en rédigeant cet article, je me rends compte que l’on voit très bien ce barrage sur l’Ortholittorale 2000 (choisir « données thématiques », puis « Développement durable, énergie » et enfin, « Ortholittorale 2000″ sur Geoportail). A l’époque, je suis allé sur Google Earth après avoir localisé le barrage sur Geoportail.  Le barrage se voit sur l’image de mars 2010. Depuis quelque temps, il est possible d’afficher des images satellite historiques sur Google Earth.

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Je suis arrivé sur place, tout juste à marée basse. La photo ci-dessus montre ce que j’ai pu voir du barrage. Un peu déçu : seules les algues qui y sont accrochées apparaissaient. On peut cependant voir nettement la forme de la construction. A l’époque où elle a été construite, les poissons passaient le mur à marée haute et étaient piégés entre Melon et son île, à marée basse. Un autre barrage, plus petit, se trouve dans la passe nord qui mène au port de Melon. A l’époque de l’exploitation de la pêcherie, le niveau des plus basses mers était bien plus bas qu’aujourd’hui.

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Techniques supposées pour réaliser des crop circles

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Lunettes à réalité augmentée (photo Université du Texas)

J’ai réfléchi à la manière dont le crop circle de la ferme Ansty a pu être réalisé. Je laisse de côté l’outil qui a servi à coucher le blé. Ce peut-être une planche en bois, un bâton… là n’est pas le plus difficile. Ce qui m’intéresse, c’est comment les artistes ont visualisé les limites entre les zones où le blé devait être couché et celles où il devait resté dressé.

Je pense avoir trouvé. Deux techniques ont été utilisées conjointement : la géolocalisation par GPS différentiel et des lunettes à réalité augmentée.

Le GPS de base – celui de nos smartphones, par exemple -, n’est pas suffisamment précis pour permettre le positionnement nécessaire à la réalisation d’un agroglyphe complexe du type de celui de la ferme Ansty (cf. article précédent). Les artistes ont donc du utiliser un GPS différentiel (DGPS). La technique consiste à corriger les positions du récepteur GPS grâce à celles calculées par une balise GPS fixe installée dans le voisinage. Les corrections sont transmises par radio.

Le GPS différentiel est d’ailleurs utilisé en agriculture : de nos jours, des engins agricoles sont capables de travailler les champs en pilotage automatique. Le GPS différentiel est aussi utilisé pour la circulation aérienne et automobile : voitures Google et Tesla, par exemple.

Le positionnement est une chose, reste à comprendre comment les artistes ont visualisé les zones où le blé devait être couché et celles où il devait être laissé intact. Il y a de fortes chances pour qu’ils aient utilisé des lunettes à réalité augmentée.

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Simulation de ce que peut voir un créateur d’agroglyphe à travers des lunettes à réalité augmentée

Les lunettes à réalité augmentée liées à un positionnement par GPS différentiel sont aujourd’hui une réalité ;o) . Elles sont, par exemple, proposées pour visiter certains sites archéologiques (cf. l’archeoguide).

Imaginez le dessin des zones se superposant à la vision du terrain grâce à ces lunettes. J’ai essayé de représenter ci-contre ce que voit l’artiste. Je ne suis pas encore très doué dans l’utilisation de Gimp mais je pense que cela donne une bonne idée de ce que voit l’opérateur. Les traces sont censées être au sol.

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Un magnifique crop circle dans le sud de l’Angleterre

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Crop Circle de la ferme Ansty (12 août 2016) (photo mrgyro.co.uk)

Le 12 août dernier (2016), la présence d’un magnifique crop circle dans la propriété Ansty près de Salisbury, dans le Wiltshire, a été révélée. Mesurant une centaine de mètres de diamètre, il s’agit probablement d’un des plus beaux agroglyphe jamais réalisés. Immédiatement, les céréologues – c’est ainsi qu’ils s’appellent -, ont avancé qu’en raison de sa complexité, il ne pouvait pas avoir été réalisé par des humains.

Il s’avère que la région est celle où, depuis les années 70, les apparitions de crop circles ont été les plus nombreuses. Le Wiltshire et le Hampshire sont considérés comme étant le berceau des crop circles. Stonehenge, situé à moins de 25 km de la ferme Ansty, étant aussi selon certains, l’œuvre d’extra-terrestres, la région est propice à leur présence.

Très vite, il est apparu que ce crop circle était en fait le logo d’une société américaine, Mothership Glass, qui commercialise des pipes à eau en verre, à la seule différence que les lettres composant le nom de la société sur le pourtour du logo, ont été remplacées par des symboles… symboles qui d’ailleurs se trouvent sur les pipes de la société.

Du coup, l’agroglyphe d’Ansty a été qualifié de faux crop circle par les céréologues, puisque réalisé par des humains. Il s’est avéré qu’il a fallu trois jours – et non pas une nuit -, pour le réaliser, et ce, avec la complicité des propriétaires du champ qui étaient partis en vacances. Ceux-ci ont, bien entendu, été dédommagés. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à faire payer l’entrée de leur champ aux visiteurs dans les jours qui ont suivi.

Les céréologues ne nient pas que certains crop circles sont réalisés par des humains. Ils pensent même que 80% le sont. Mais ils pensent aussi, que ceux-ci qui les réalisent ont pour but de les décrédibiliser. Cette croyance est courante dans d’autres domaines pseudo-scientifiques.

En 1991, deux fermiers anglais, Doug Bower et Dave Chorley revendiquèrent la plupart des agroglyphes réalisés dans la région d’Avebury (44 km de la ferme Ansty) depuis 1978. Dans un reportage diffusé sur Arte, ils montrent comment ils procédaient, armés d’une planche de bois, d’un bâton et d’une corde. Il va sans dire que la technique a évoluée depuis : l’agroglyphe de la ferme Ansty ne peut pas avoir été réalisé de cette manière.

Les agroglyphes s’apparentent à du land art mais les circle makers gardent secret leurs techniques. L’anonymat avec lequel ils procèdent s’apparente un peu à ce que fait Bansky dans le domaine du street art. Ceci dit, personne n’a jamais clamé que Bansky était un extra-terrestre.

Dans les années 90, le collectif Circlemakers Arts a réalisé plusieurs œuvres de manière non anonyme. En 1998, l’une d’elle, relativement complexe et réalisée en Nouvelle Zélande, de nuit, en quatre heures de temps, a fait l’objet d’un documentaire diffusé partout dans le monde.

L’agroglyphe d’Ansty n’est pas le premier à être utilisé comme support publicitaire. Parmi eux, on peut citer le logo de Firefox, en 2006 dans l’Oregon (70 mètres de diamètre), et le dessin du processeur Tegra K1 de la société Nvidia, fin 2013 dans la Salinas Valley en Californie (100 mètres de diamètre).

Il est peu probable que l’agroglyphe d’Ansty soit l’œuvre de Doug Bower et Dave Chorley mais on peut penser que ceux-ci ont fait des émules dans la région et que les meilleurs artistes dans le domaine, s’y trouvent toujours.

La photo ci-jointe est extraite du site Crop Circle Connector qui collecte les informations sur les agroglyphes. De nombreuses autres photos sont visualisables sur la fiche consacrée à l’agroglyphe de la ferme Ansty.

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L’éclipse du 20 mars menace-t-elle notre approvisionnement en électricité ?

Dimanche, l’excellente émission 3D, sur France Inter, était consacrée à l’autodéfense intellectuelle. Je vous invite à la ré-écouter. C’est, en quelque sorte, une question de salubrité publique. Je reviendrai plus tard sur le sujet parce qu’il me passionne. En attendant, l’article de l’AFP, rapportant aujourd’hui une étude de l’ENTSOE qui prédit que l’éclipse de soleil du 20 mars prochain mettra à l’épreuve le système électrique européen, m’interpelle. Une occasion de passer à la pratique.

L’ENTSOE est l’association des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité interconnectés d’Europe. C’est un organisme sérieux mais l’information relayées par les médias n’est peut-être pas objective. L’ENTSOE ne serait-elle pas photovoltaïquophobe ?

Ma première réaction a été de me réjouir. Si ce que l’étude dit est vrai, alors la transition énergétique a eu lieu : nous produisons tellement d’électricité photovoltaïque que ses variations, mal prises en compte – pourquoi une éclipse serait-elle moins bien prise en compte que la nuit ? -, peuvent causer des pannes !

Simulation de l'évolution de la production d'électricité photovoltaïque au fil des heures le 20 mars par temps clair, avec  (courbe rouge) et sans éclipse (courbe bleue). La courbe verte matérialise la "perte" d'électricité due à l'éclipse.

Simulation de l’évolution de la production d’électricité photovoltaïque au fil des heures le 20 mars par temps clair, avec (courbe rouge) et sans éclipse (courbe bleue). La courbe verte matérialise la « perte » d’électricité due à l’éclipse.

Mais je plaisante ! Je doute que produisions suffisamment, à l’heure actuelle, pour qu’un tel événement se produise. Voyons voir. L’étude nous indique que, en ciel clair, la perte due à l’éclipse sera de 35000 MW (cf. les courbes tirées de l’étude). Selon la Wikipedia, le parc photovoltaïque installé en Europe était d’environ 80000 MWc en 2013 (36000 en Allemagne, seulement 4700 en France).

Compte tenu du fait que :

  • l’éclipse sera partielle,
  • le soleil ne sera pas occulté de la même manière partout en Europe en même temps,
  • la totalité du parc installé n’est pas idéalement orienté/incliné,

… une perte de 35000 MW vers 9h40 UTC le 20 mars, semble cohérente. Ceci dit, il s’agit de conditions idéales : un ciel clair sur toute l’Europe ce matin-là.

Il faut savoir que les jours maussades, une installation photovoltaïque peut produire 10 fois moins d’électricité que les jours de ciel clair. Quelle sera la situation météorologique le 20 mars ? Il est trop tôt pour le savoir. Mais la probabilité pour qu’il y ait un ciel clair partout en Europe, en même temps, est peu probable. Ce serait une situation exceptionnelle.

Soyons généreux et considérons qu’en moyenne, il y aura une perte de 18000 MW soit un peu plus de la moitié de ce qui serait perdu par ciel clair. Selon les chiffres de l’ENTSOE et après un petit calcul, il s’avère que la puissance électrique moyenne consommée en Europe au mois de mars 2014 a été de 300000 MW environ : 65000 MW pour la France et pour l’Allemagne, 45000 pour le Royaume-Uni, 30000 pour l’Espagne et l’Italie. Il s’agit ici de moyennes de jour comme de nuit.

Autrement dit, la variation due à l’éclipse serait de l’ordre de 6%. Sur le site de RTE, réseau français de transport d’électricité, on peut suivre heure par heure notre consommation électrique nationale. On peut constater qu’entre 19h30 et 22h00 ce soir, 24 février, nous sommes passés de 77540 à 68270 MW en puissance consommée, soit une variation de 12%.

Tous les jours, le réseau gère de telles variations – et il y en a d’autres au cours d’une même journée. Et le réseau serait incapable de gérer une variation deux fois plus faible ? Que veut-on nous faire croire ?

En novembre dernier, Dominique Maillard, président de RTE, estimait que l’impact sera minime si le temps est couvert mais qu’on pourrait voir disparaître 30000 MW si le temps est clair (La Chaîne Énergie). Autrement dit il y aura un problème si le photovoltaïque ne produit pas l’électricité qu’il aurait pu produire en l’absence d’éclipse : du grand n’importe quoi.

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Le transport aérien est-il le plus sûr ?

Crash de l’avion AH 5017 d’Air Algérie. Encore un accident d’avion qui mérite réflexion.

MD 83 de Swiftair (Kevin Cleynhens/AP/SIPA)

Comment se fait-il que la balise de détresse n’ait pas fonctionné si l’avion ne s’est pas désintégré en vol, suite à un attentat ou un missile ? Tous les avions, y compris les plus petits, sont obligatoirement équipés d’une balise qui transmet automatiquement sa position à terre via satellite, à la suite d’un choc. Pour le Rio-Paris et le vol MH 370 de Malaysia Airlines, les médias nous ont expliqué que la balise avait coulé et n’avait, par conséquent, pas pu émettre. Ce n’est pas le cas pour l’avion de Swiftair affrété par Air Algérie. Était elle en état de fonctionner ? Sa batterie n’était-elle pas déchargée ?

Vingt-quatre heures se sont écoulées entre le moment du crash et l’intervention d’un premier hélicoptère français sur les lieux. Que se serait-il passé s’il y avait eu des survivants blessés ? Tant de temps pour porter secours à des passagers en détresse est inadmissible. Il existe aujourd’hui des moyens peu coûteux pour localiser en quasi permanence des mobiles (voir un article précédent). Le suivi de l’avion par satellite aurait certainement permis de le retrouver plus tôt.

Le transport aérien est il le plus sûr ? Cette idée, régulièrement rapportée par les médias, est contestable. Tout d’abord, elle émane de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA). Certes, cette association revendique 84% du trafic aérien (commercial ?) en nombre de sièges-kilomètres mais, premier problème : certaines compagnies, peu sûres, ne font pas partie de l’IATA alors que pouvons être amenés à emprunter leurs avions. Ensuite, les statistiques de l’IATA ne prennent pas en compte les avions privés pour lesquels le risque est plus élevé.

Pour montrer que le transport aérien est sûr, les statistiques qui nous sont montrées, se rapportent au nombre de passagers-kilomètres parcourus. Bien évidemment, si nous prenons l’avion, c’est pour aller loin. Si l’on rapporte le nombre de tués au nombre de passagers-heures, les statistiques sont déjà moins favorables. En 1999, dans l’Union Européenne, il y a eu plus de morts en avion (aviation civile) par passagers-heures qu’en voiture (voir l’article de wikipedia).

… et si l’on rapporte le nombre de tués au nombre de passagers-trajets, les statistiques sont encore plus défavorables au transport aérien, les accidents sont plus nombreux au décollage et à l’atterrissage, quelle que soit la durée du voyage. Autrement dit, le risque est plus élevé lorsque vous prenez l’avion pour les Etats-Unis, par exemple, que lorsque vous prenez votre voiture pour aller travailler.

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